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Dialogue 10

2011
01.04

En ce premier avril 2011, je déclare la naissance du Nouveau Monde.

Et tu vas m’aider, Cheval! Je ne sais pas comment mais tu vas m’aider.
Alors…par où, va-t-on bien pouvoir commencer?
Je parlais avec ma banquière, ce matin, qui voulait bien m’expliquer comment de son point de vue, le monde dans lequel nous vivons marche. La crise est une crise de confiance. Tout à coup, en 2008, les banques ne se sont plus fait confiance et ont arrêté de se prêter de l’argent. On continue à échanger et on s’aperçoit que le peuple ne peut plus faire confiance à un président qui réhausse son salaire de 70% au mois de mai pour refuser en juillet une hausse du SMIC de 1%. La discussion suit son chemin et elle m’avoue ne plus avoir confiance en ce système social qui aide ceux qui profitent de la situation pendant que d’autres triment à payer (avec 1/3 de leur salaire) cette aide.
Crise de la confiance donc.

CONFIANCE. Allons voir chez Robert le Dictionnaire historique de la langue française.
« n.f, d’abord confience (XIIIe s.) emprunté au latin classique confidentia (confidence) et adapté d’après le vocalisme de l’ancien français fiance de fier. Le mot autrefois doublet de confidence, désigne le fait de croire avec assurance, de se fier à qqn ou à qqch. Par rapport à foi, il est laïc et psychologique; il a plus d’analogie avec espérance et implique un sentiment de sécurité. Au début du XVIIe s., il a pris la nuance d’ « assurance », notamment dans confiance en soi.

Espérance, sentiment de sécurité.
De croire avec assurance, se fier à qqn ou à qqch.
Confiance en soi.
C’est pas gagné. Voici un mot drôlement fragilisé aujourd’hui.
Hééé, ho! Je t’ai déjà dit, cheval, de ne pas trop t’approcher de moi. Je veux bien qu’on soit copain, mais on n’a pas gardé les vaches ensemble non plus! Héééé!!!!! Va-t-en! Tu te colles, une mouche va passer, te faire peur et tu vas m’envoyer ton sabot dans la figure. Va-t-en, je te dis! Tu es trop impulsif et peureux. Je n’ai pas conf…, ahahahaha!!!!! Je comprends! Eh bien oui! Je n’ai pas confiance en toi. Tu es malin, cheval!
Alors je vais te raconter pourquoi je n’ai pas confiance en toi.
Lorsque j’étais petite, mon père ou ma mère, je ne sais plus, m’a offert un cours de cheval. Il y avait une copine avec moi, je crois. C’était un après-midi de vacances et le centre équestre n’était pas loin. Une fois, tout les enfants montés à cheval, le professeur nous fait faire un petit jeu. On part tous d’un côté du terrain pour aller chercher une feuille à l’arbre et la ramener au point de départ. Rien de bien compliqué. Pas de bol ce jour là, j’avais une jument qui était pleine. Elle se coucha avant même d’arriver au petit arbuste. J’ai cru qu’elle allait m’écraser la jambe. Oui, d’accord, ce n’est rien. Attends voir la suite! Une autre fois, toujours un de mes parents tente le cours d’équitation pendant les vacances. Pleine de confiance, je monte sur un grand cheval marron très sage précise le professeur. Allez savoir pourquoi le cheval très sage s’est mis à ne plus écouter le professeur et à vouloir sortir du manège. Moi, qui le voyait déjà partir au galop à travers champ, je me crampone à la selle, à sa crinière, à tout ce que je peux de toutes mes forces. Il galope en tournant en rond. J’ai dû passer du vert au gris. Le professeur réussit à l’arrêter. Je descends les doigts en sang, pleurant de peur, jurant que je ne remontrai plus sur un cheval de ma vie. Ahhhh! Tu vois! Ca devient saignant! Et je vais te raconter la dernière expérience qui te fera reconnaître que j’ai raison de me méfier de toi, vieux canasson! J’ai un cousin amoureux des chevaux depuis sa tendre enfance qui m’invite un jour à faire une ballade à cheval. Un cousin très très fort pour monter à cheval. Un cousin qui connaîssait très très bien ses chevaux. Je refuse en lui racontant mes aventures chevalresque précédente. Il insiste et me rassure tant et si bien que j’accepte. Quel mal m’en a pris! Il ne peut rien t’arriver de grave, m’avait-il dit. Tout avait bien commencé quand, arrivée à l’orée d’un prés, il me précise que ce chemin est leur piste de galop habituelle. Avant que je ne m’affole il m’assure que mon cheval ne partira pas au galop si le sien ne part pas et le sien ne partira pas! Bien. A peine le sentier entamé, mon cheval passe devant le sien et se taille au galop. Je hurle! Il me crie de tirer sur les rênes pour l’arrêter. « Il ne veut pas s’arrêter! » « Tire! Tire! » « C’est ce que je fais!!!!! Au secours!!!! » Je tire tant et si bien sur les rênes que le cheval se cabre et m’envoie valdinguer pour s’arrêter brouter quelques pas plus loin. J’atteris sur le dos, ma respiration se bloque un instant puis reprend. Mon cousin accoure. Je fonds en larmes. J’ai eu la peur de ma vie. Le lendemain, j’avais des bleus grands comme toi, cheval! Voilà, toute l’histoire! Et à chaque fois, on m’avait prévenu que tout irait bien. Fourbe, vous êtes, toi et les tiens! Alors oui! Je n’ai plus confiance!

« Je ne te demandes pas de monter sur moi. Je n’ai nul part où te mener. Et je n’ai pas non plus confiance en toi et les tiens. »

Quoi???? Tu parles!!!! Je rêve! Est-ce toi que je viens d’entendre? Parle, vas-y, je te regarde. Allez! Dis moi n’importe quoi. Répète ce que tu viens de dire. Qu’est-ce que tu as dit, d’ailleurs?

J’ai rêvé. Des hallucinations auditives, on appelle ça. A force de te parler, je crois que tu me réponds. Dans le nouveau monde, la confiance réapparaîtra. Je suis prête à de nouveau te faire confiance, cheval. Il faut juste un peu de temps. Il faut qu’on discutte.

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Dialogue avec mon cheval 9

2011
01.04

La phrase du jour: « Ah bah, on ne peut rien faire, madame! »
Cette phrase est assez symptomatique de notre époque. Je la dois à la secrétaire du réparateur de volet. Mais je pourrais l’entendre de la bouche du garagiste dépassé par l’électronique, de la bouche du dentiste qui a toutes ses dents (je l’espère!), de la bouche du patron qui délocalise, de la bouche de la hotline (pourquoi chaude, d’ailleurs?) quelconque, de l’employé de la CAF qui vraiment vraiment ne peut rien faire (parce qu’il n’y est pour rien, comme tout le monde), de la bouche de tous ceux qui pense que la machine est plus forte qu’eux. J’EN AI MARRE de cette situation! ET J’EN AI MARRE D’EN AVOIR MARRE!
La colère m’ettouffe. Alors au lieu de prendre un flingue pour tuer tout le monde et de me tuer après. Je vais faire autre chose.

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Notes pour le dialogue 8

2011
01.04

Cheval. Je peux te confier une de mes failles? Un endroit en moi plus fragile que les autres, un petit pont de singe aux cordes maladroitement ficelées. Voilà, cheval, je n’arrive pas à comprendre quand c’est compliqué. Je crois que je suis bête, cheval. Non pas bête comme toi mais idiote.

(qd c’est trop compliqué je décroche. L’impression d’être bête. Mais comme je ne peux m’arrêter là, je prends ça comme unr force et je me dis que c’est au monde de redevenir un peu simple en proclamant les vertues de la simplicité!/ Monde de la théorie ncompréhensible; besoin d’en passer par l’expérience)

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Dialogue avec mon cheval 7

2011
01.04

Cheval, vois-tu ce que je vois en sortant de chez moi, ce matin? Un gros char brillant garé de travers dans mon allée. Ma neurone bondit en se mettant déjà en colère contre ce malotrus qui ose! Souple, souple, repsire. Un monsieur corpulent s’avance et me lance: « Je viens au numéro 13 ». Je lui dis que c’est bien ici. « Je viens voir le volet ». Monsieur le père de mes enfants s’avance. J’observe le visiteur. Il a un petit bout de PQ sur le menton collé à sa coupure, une chemise à herbes (les fleurs n’ont pas encore éclôt) avec deux poches sur la poitrine. Des cheveux blancs. Il est un peu gras et baraqué. « Ca s’est passé comment? » Je commence à lui expliqué qu’en prenant la manivelle, « c’est cassé? ». Je ne sais pas monsieur. « On peut voir? » J’aurais voulu lui dire que non! Non, non et non. Vous sentez l’after-shave de supermarché qui pue! Vous ne dites pas bonjour et ça fait 2 semaines qu’on vous attend! Que mon fils dort dans le noir complet dans une chambre pas aérée depuis tout ce temps, chambre que vous allez empuantir! J’en peux plus d’avoir à faire à des tordus et des manchots, de subir le bon vouloir de môsieur le propriétaire, de môdame la secrétaire, et de môsieur le technicien texan tourangeot! Quand est-ce que je serais propriétaire????? Nous devrions tous être propriétaire. Chacun responsable de chez soi. Comme de son corps. Est-ce que je loue mon corps à quelqu’un d’autres? Je vois bien, tiens, le locataire de mon corps m’appeler: « Oui, bonjour môdame la propriétaire, le volet automatique de l’oeil droit vient de tomber. Est-ce qu’il serait possible de le réparer? Et je vous rappelle qu’il y a toujours un problème avec l’aération. » « Allô, bonjour môsieur le locataire, le loyer pour mon corps n’a pas été versé ce mois-ci, est-ce normal? » Nan, mais franchement, cheval!
Il me semblerait normal et adulte d’être propriétaire et donc responsable de sa maison comme de son corps. Tu ne prends pas soin des murs? C’est toi qui les refait ou qui vit avec. Tu installes des robineteries de mauvaises qualités? Tu en assumes les conséquences. T’as les dents pourries à cause des bonbons? Tu t’en prends à toi-même. Ce rapport propriétaire/locataire me sort par les trous de nez. Vive l’autonomie! Dés que je peux, je me fais construire ma maison. En paille.

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Dialogue avec mon cheval 6

2011
01.04

Ce matin, cheval, je me suis surprise à écouter le thé passé de la théière à ma tasse dans un clapotis odorant, puis le son de celle-ci posée délicatement sur la table en bois. La croûte du pain aux graines a cédé sous les dents pointues du couteau, crrrrcrrrr…..J’ai même entendu le beurre se scinder sous le couteau (sans dent cette fois-ci) – coupé en caresse. J’ai écouté avec attention le bruit de la cuillère dans le pot de confiture de mirabelles. J’ai pensé au petit ruisseau perdu dans les pins. J’ai pensé aux doigts dans la confiture. J’ai entendu les cousins rire dehors dans la cour. J’ai pensé à la dinette posée sur les marches de l’entrée. J’ai pensé au tour du potier. J’ai pensé à la texture de la terre dans les doigts et aux couleurs des émaux. J’ai pensé à la lumière du soleil, celle qui entre, à l’aube, encore bleue de rosée. Et mon regard s’est posé sur l’horloge. Oh merddddeeeee!!!! Tara, tu as lavé tes mains? Vite, vite, faut qu’on y aille, là. On est en retard!!!!! Viens, mettre tes chaussures! Max, non! Laisse cette plante! Non, Max, tu n’arraches pas les plantes!
Voilà à quoi j’ai pensé, ce matin, cheval!

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Dialogue avec mon cheval 5

2011
31.03

Bonjour Cheval!
Excuse-moi pour l’autre jour, je suis partie un peu vite. Le temps, cheval, le temps! C’est une question qui me trotte dans la tête depuis un moment. Je vais te faire mon exposé. Tu es bien assis? Il y a quelques décennies, voir plus d’un siècle, on a tout axé sur le progrès, le développement des techniques, des connaissances, de la médecine ect. Cette course au progrès est devenue une course à l’argent et à l’immortalité qui devient insoutenable tellement elle nie la vie. Oui, oui, c’est contradictoire, cheval, je m’en rends bien compte. L’homme recherche la vie pour toujours et par là la piétine. Je ne sais pas si c’est de tout temps, mais l’homme nage dans les contradictions et en ce moment ce me semble paroxysmique. Je cherche vers où il est indispensable d’aller pour continuer à vivre. Je cherche la leçon que l’on peut tirer de ce siècle dernier et de sa frénésie pour gagner en sagesse et continuer à avancer joyeusement. Notre société est en déclin, cheval. Tu dodeline de la tête. Ohhhh, mais tu verras quand ton loft aura rétrécit de moitié et que tu n’aura plus que de l’herbe contaminée à manger, tu feras moins le malin! Vois-tu, cheval, c’est le moment de trouver une autre manière de faire pour reconstruire, pour donner un nouveau souffle à notre humanité. C’est le moment d’ouvrir une porte. Nous devons quand même faire gaffe, cheval, à ne pas chercher les clefs des plombes, les murs se fissures, ils risqueraient de nous tomber sur le coin de la gueule avant qu’on aie quitter la pièce. Enfin, ça, c’est une autre histoire, une histoire de conscience. Je te ferais un autre exposé plus tard, ne nous éparpillons pas. Attends un peu, je te dis qu’il faudrait ouvrir la porte. En fait, elle est déjà ouverte mais il n’y a rien dans la prochaine pièce. Eh oui, nous n’allons pas quitter un monde confortable pour aller dans le rien. Donc trouvons de quoi remplir cette pièce pour avoir envie d’y aller. Et là, je reviens à mon histoire de temps. Dans cette pièce il faudrait du temps. Non pas de la vitesse, mais du temps. Conscientiser le temps. Retrouver une vitesse raisonnable. Oui, cheval, j’entends bien ta question à savoir ce qu’est une vitesse raisonnable. Attends, je termine d’abord. Nous avons besoin de retrouver la valeur du temps. Tu consommes, tu consommes, n’importe quoi, l’électricité, les transports, la nourriture, l’information, toujours plus parce que cela te libère de la disponibilité pour créer autre chose, pour aller dans d’autres contrés inexplorées et tu oublies petit à petit la valeur de toutes ces énergies qui te permettent d’avancer. Tu oublies de remercier, tu oublies de prendre soin, tu gâches, tu piétines, tu saccages par manque d’attention, parce que les nouvelles contrés dans lesquelles tu es t’excitent et te demandes toujours plus, te stresses et te rendent esclaves… et tu te perds en ayant toujours l’impression d’avoir encore quelque chose à y gagner. Alors il est important de revenir en arrière, de retrouver une certaine lenteur, d’abord pour se reposer, pour poser les valises et faire le point, pour retrouver le goût de l’essentiel qui nous relie à la vie. Du temps pour observer. Observer la nature, les fleurs devenir fruits, observer ses enfants et notre propre corps. Observer l’énergie vitale, la force que nous possédons. Neuf de tout le savoir cumuler durant ce siècle dernier, regarder la vie autrement. Ecouter notre corps, observer nos émotions. Une fois ce temps de repos pris, alors nous pourrons redéfinir l’important et l’universel, le nécessaire et le vital. Ce que nous ne voulons plus et ce que nous voulons de nouveau. De là, nous trouverons les clefs pour une nouvelle manière d’enseigner, de soigner, d’accueillir, de commercialiser, de construire. Une manière plus respectueuse de nous-même et d’une nouvelle ère. Cela demande de la réflexion, de la vision à long terme. Cela demande de s’extraire de l’émotivité et du bruit ambiant. Cela demande de prendre le temps.
Tu dors, cheval!!!!!! Ingrat! Je te peinds un nouveau monde et tu t’endors! Je m’en vais, cheval et tu pourras m’attendre longtemps avant que je revienne! Faux frère!

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Dialogue avec mon cheval 4

2011
30.03

Salut cheval!

Ouh! Tu n’as pas l’air très en forme. Avec tout ce qu’il se passe, la méga-multi-crise, je te comprends! Il faut des ressources pour garder l’espoir et la joie. Il me plaît à croire que dans toutes crise, il y a résolution parce qu’après la nuit, il y a le jour, parce qu’après l’expiration, il y a l’inspiration, parce que c’est le mouvement universel. Je vois autour de moi de petits actes qui peuvent paraître anodins mais qui portent le flambeau de l’autrement et donc les radicelles de la résolution. Courage, cheval!

Je te parlais, hier de Léonard de Vinci. Ce qui m’impressionne avant tout chez lui, c’était l’étendue de sa connaissance. Je me suis souvent dit que c’était une réelle intelligence que de savoir observer un phénomène dans un domaine pour ensuite l’appliquer dans un autre, avoir une vision globale des choses. Les relier les unes aux autres. Ne pas cloisonner les formes de vie. Comme les points de vue. Tu vois, Cheval, tout est tellement cloisonné chez nous. Le nombre de gens qui parlent de la même chose sans avoir le même vocabulaire! Et au lieu d’être d’accord, ils se battent pour un mot. N’est-ce pas ridicule? Bon, je te laisse, cheval, je suis en retard.

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Dialogue avec mon cheval 3

2011
29.03

Hé, cheval!

Il y a quelque chose qui me travaille. Tu sais avant on croyait que la terre était plate. Léonard de Vinci pensait que le corps était rempli de sang comme une bouteille. Maintenant, tout ça nous semble bien enfantin. Je me dis que dans quelques dizaines d’années, certaines choses d’aujourd’hui nous sembleront enfantines. Mais quoi? Les découvertes et avec elles, les idées et les points de vue auront changé. Alors je cherche. Je cherche d’autres idées, d’autres points de vue qui remplaceraient ceux devenus obsolescents et inadaptés à notre évolution. On ne peut pas rester sur de vieilles théories sinon nous n’aurions pas d’Histoire. Je cherche et je vais trouver, ou certainement d’autres trouveront avant, peu importe. Mais me vient une autre question, cheval. A quel moment on accepte le changement? Qu’est-ce qui fait basculer l’opinion vers une autre voie? D’accord, c’est quand l’opinion devient majoritaire. Mais qu’est-ce qui la fait majoritaire? La catastrophe? L’information qui prévient la catastrophe? L’expérience personnelle? Si on prend par analogie notre corps. Tiens! Toi, cheval, vas-tu attendre d’être malade d’avoir mangé trop d’escargots pour arrêter de manger des escargots ou vas-tu te rendre compte avant, qu’il ne vaut mieux pas que tu manges des escargots mais plutôt des pissenlits si tu ne veux pas être malade? Et est-ce qu’il s’agira de la connaissance acquise sur les méfaits de ce met pour toi par l’expérience que tu as eu, par les discussions avec tes congénères ou est-ce ton instinct qui va te dicter le meilleur pour toi? Et si c’est ton instinct ou ton intuition comme tu veux, va tu l’entendre et l’écouter? Je ne sais pas, cheval, je ne sais pas tout ça. Tu veux savoir mon impression? C’est qu’aujourd’hui tout a l’air compliqué. Et cette complexité, réelle ou illusoire nous coupe de notre libre arbitre. On voudrait être juste or la justesse demande de connaître les tenants et les aboutissants qu’on ne connaitra jamais. Alors quoi dire sinon laisser faire? On nage dans la confusion, cheval! Moi, je te l’dis! Et cette confusion nous asphyxie.

C’est l’heure du thé, cheval. Aurais-tu une petite tasse à m’offrir?

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Dialogue avec mon cheval 2

2011
14.03

Bonjour Cheval! Comment vas-tu aujourd’hui? Oh, merveille! Je vois que tu as mis de quoi s’asseoir dans ton loft. Eh bien, tu vois, tout de suite, ça fait plus cosy. Ca invite. Tu permets? Alors tu as vu le soleil se lever? Tu t’es étiré? Tu as fait tes petits mouvements de gymnastique? Non? TU as tort! On se sent bien mieux lorsqu’on s’étire. Tu sais, on se rouille avec l’âge, le stress…Oooooh! D’accord, d’accord, je parle pour moi! Ne t’énerve pas. C’que tu peux être susceptible parfois! Tiens, tu sais, je repensais au vent en te quittant hier. Vous avez quelques points communs vous deux. Le vent pousse les bateaux pour transporter les hommes et leurs marchandises. Vous, vous tirez les calèches et les charrettes. Le vent fait tourner le moulin pour la farine, les chevaux font avancer la charrue. Oui, c’est vrai, ce n’est pas très moderne mes exemples. Attends voir… Aujourd’hui, le vent fait tourner les éoliennes et les chevaux soignent. Eh oui, les nécessités changent. On vous doit une fière chandelle, quand même! On devrait vous remercier d’exister. On devrait se prosterner devant vous. Tiens, d’ailleurs, voilà, je le fais! Je m’allonge devant toi, ô cheval! Merci pour tout ce que tu nous as apporté et ce que tu continues à faire pour nous. Merci d’être ce que tu es avec ta douceur et ton sale caractère, avec ta beauté, ta force et ton impétuosité. Merci, ô cheval, d’avoir bien voulu nous accompagner durant tous ces siècles dans notre construction, de t’être laissé apprivoisé. Bon, voilà, ça suffit. Je me relève. Faudrait voir à ne pas trop en profiter. Je te vois rire sous cape. Non, non, ne viens pas me faire de bisous! Je t’ai déjà dit, garde tes distances!

Mon coeur saigne, aujourd’hui, cheval. Des centaines, peut-être des milliers de personnes n’ont plus de maisons, sont empoisonnées, ont perdu des membres de leur famille en quelques heures. J’imagine les gens hagards. Se sauver pour aller où? Puisque tout était là. Alors se laisser mourir. Laisser la vie ou la mort décider pour eux. Ces gens pour qui, la veille, tout était normal. J’entends les cris, les pleures, les hurlements. Tu sais, lorsque j’étais petite, j’avais vu dans le petit écran, les enfants mourir de faim avec les mouches autour des yeux. Depuis ce jour-là, j’avais fermé mon coeur. Aucune larme n’avait coulé et j’avais dit: chacun sa croix, ou chacun son karma ou chacun son destin, pour ne pas dire chacun sa merde. Aujourd’hui, mon coeur s’est réouvert par nécessité. D’abord parce qu’un coeur fermé ne prend pas soin de lui et puis, parce qu’aujourd’hui, il me semble que ce soit la seule voix valable. Mais voilà, un coeur ouvert se laisse autant toucher par la joie que par les larmes. Alors mon coeur saigne, aujourd’hui. Cheval, je vais pleurer un petit peu et envoyer de l’amour à tous ceux de là-bas. Viens, assis-toi et fais pareil. Ce sera bon pour toi aussi.

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Dialogue avec mon cheval 1

2011
14.03

Bonjour Cheval! Alors, toi, tu habites ici? C’est charmant comme endroit. Très vert. Et puis, c’est ventilé. Tu as choisi la formule loft, à ce que je vois. Pas de pièce, pas de mur. Tu as raison, j’aurais fait pareil. Plus le regard porte loin, plus on risque d’être intelligent, disait ma grand-mère. Par contre, tu aurais pu faire un effort pour le mobilier. Une petite bibliothèque, un pose-courrier, des choses pratiques qui permettent de recevoir, comme une chaise par exemple. Enfin, tu fais bien comme tu veux! … J’aime beaucoup ta moquette… Non! Ne t’approche pas trop de moi. Je t’aime bien mais tu me fais peur avec tes sabots et tes grosses dents… Je comprends bien que tu dois t’ennuyer ici tout seul, c’est pourquoi, je m’arrête un peu pour parler avec toi, mais n’y voit aucune amitié possible. Jadis, tes frères m’en ont fait voir de toutes les couleurs. Garde tes distances et tout ira bien. Alors que fais-tu des heures durant à regarder les arbres? Oh, je vois! Tu regardes le vent dans les feuilles. Eh oui, tu n’as pas vraiment le choix. Tu dois tout connaître de lui à force d’observation. Le vent caressant, le vent tournoyant, le vent en colère. Et puis, tu dois le sentir sur ton poil, dans ton loft sans mur. Tu n’as pas froid d’ailleurs? Non?

Attends que je regarde un peu avec toi.

Je vois. Le vent passe par ici, puis on le voit fuir vers les sommets là-bas, tandis qu’un autre plus calme, si c’est un autre, vient vers nous à ras de terre. Ah! Toi aussi, tu en as des frissons. Dis voir, tu dois mieux voir que moi, toi. Il me semble que ta vision s’approche des 360 °, peut-être pas autant, 340 disons. Non? Alors que moi, je ne vois qu’à 180°, et encore! Toi, tu peux voir d’où vienne les vents, suivre les trajectoires. Tu vois venir l’orage. Moi, regarde, il faut que je tourne en rond pour voir l’ensemble, que je sois une vraie girouette, que veux-tu que j’anticipe! J’ai à peine construit un abri contre l’orage que je ne vois pas le soleil qui réapparaît. Non, vraiment, je suis limité. Et est-ce que tu arrives à voir tes sabots en même temps que les nuages? Tiens, bonne question! Eh! Tu t’éloignes! Reviens! C’est de l’herbe que tu veux? Tu as faim? Je te saoule, c’est ça? Tu ne veux pas m’écouter? Ah, tu viens me chercher et dés que je ne te plais plus, tu t’en vas! Hypocrite! Individualiste! Môsieur et son loft! Va mourir!

Mmmmhhh… tu reviens!

Finalement, tu préfères quand je me tais.

Ah! C’est sûr que lorsqu’on se tait, on peut la voir la nature!

Ok, ok, ok, je me tais.

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